A ghost story – 2017

films

C’est bien la toute première fois que je ressens autant d’empathie pour un fantôme.

Le fantôme d’un homme rend visite a sa femme en deuil dans la maison qu’ils partageaient. Il apparait sous un drap blanc. Nous découvrons un être détaché de la ligne temporelle mais aussi de la réalité. Il est condamné à n’être qu’un spectateur de la vie, de celle des autres et de la sienne. Il est entrainé dans un voyage entre incompréhensions personnelles et morceaux de mémoire.

Le fantôme apparait comme une figure de deuil puisque, il est la plaie de sa femme désormais veuve. A première vue il aurait été possible d’imaginer que le film nous emmènerai vers ce chemin : celui d’une femme triste par la perte de l’amour de sa vie, qui est hantée par les fantômes de son passé. C’est ce que nous montre le plan de près de 5 minutes de M en train de manger une tarte [25.57 ; 29.53]. Pendant la première demi-heure du métrage la préséance fantomatique de C est douteuse et pesante. Mais lui, a la différence du spectateur n’est pas attaché à la temporalité, c’est pour cela que l’insertion dans le carrousel dans lequel il est coincé est difficile.

En effet C est entrainé de force dans une boucle, un cercle vicieux, un carrousel dont il ne connait pas les rouages. Attiré par les souvenir de son passé, en plus de l’incompréhension de sa nouvelle réalité : sa mort, son état de fantôme et son invisibilité, voilà pourquoi il se dirige seul vers son logis qui deviendra par la suite sa prison. Il est contraint tant qu’il n’a pas atteint son but de rester là, toujours là, dans cette même maison, ou plutôt à ce même emplacement géographique. Il voit passer devant les trous de son drap la vie, celle de sa femme, celle qu’elle vit sans lui, jusqu’à son départ. Puis il voit la vie d’une autre famille, puis d’une autre, et le temps défile on ne sait dans quel sens. Il l’avance, il voit sa maison se faire détruire, et devenir un immeuble de bureaux, il voit son paysage changer et devenir une ville, puis il retourne dans le passé ou le futur, on ne sait pas car cela n’a pas d’importance car comme le dit le prédicateur : tout est amené à disparaitre et renaitre jusqu’au jour où il n’y aura véritablement plus d’univers. C’est en cela que C est bloqué dans ce cercle infernal.  Ou il est condamné, en plus d’être déjà mort, à revivre sa vie, sa mort, le deuil de sa femme, son deuil et sa « vie » en tant que fantôme esseulé.

Dès sa mort, il éprouve une volonté à entrer en interaction avec le monde des vivants, il y parvient, au début en créant des surcharges de tensions électriques, puis se révèle dans les yeux des enfants. Et arrive le point culminant : sa colère. Enfin exprimable dans la cuisine de la famille des espagnols [52.7 ;53.00]. Le seul être avec lequel il arrive à entrer en communication, c’est le fantôme dans la maison voisine. Ce qui signifie que on a tous des personnes disparus de nos vies.

Le film annonce dès le départ un aspect mélancolique et une référence à la mémoire de part le format de l’image en 4/3 et aux bords détourés, qui donne un aspect de polaroïds. A cela s’ajoute les plans particulièrement longs, qui permettent au spectateur d’entrer entièrement dans l’espace du film. Ces plans longs, font conscientiser que le temps lui s’écoule et ne revient pas et que C, lui ne vit pas les secondes comme un être vivant. Les plans sont très souvent fixe .De plus les plans longs dépeignent parfaitement la solitude de chacun des personnages et le vide qui les entourent. M et C, séparés n’apparaissent quasiment jamais accompagnés dans un plan.

Dans ce film, ce qui démontre aussi le vide, c’est la forte présence du son du vent, et cela même s’il c’est à l’intérieur, et qu’il n’y a pas de vent a l’extérieur.

Ce film arrive à nous montrer et à nous faire ressentir les émotions d’un fantôme, d’un homme sous un drap

Une séquence décortiquée :

[1.02.25 ; 01.10.11]

Après la longue tirade du prédicateur, la lumière s’éteint par la véracité de ses paroles qui font fortement écho à la réalité de C. Plan sur une douille d’ampoule, et le bruit du vent fort. C’est le début de la descente aux enfers de C.

Son ancienne maison est désormais plus que délabrée, c’est une ruine prête à être détruite. En plus du vent on entend le bruit de C qui gratte le mur pour récupérer un des petits mots que M a laisser dans le mur, c’est la seule chose qui lui reste à découvrir, c’est tout ce qui le tient sur terre. A l’instant où il peut atteindre le mot, ou sa libération est censée être immédiate, la maison se fait détruire par de gros bulldozer. Tout se détruit littéralement autour de lui. Lorsqu’il ne reste plus rien que du bois brisé au sol, le fantôme voisin se rend à l’évidence que la personne que lui attend ne reviendra jamais. Il abandonne et disparait.

C’est à ce moment que le vent n’est plus entendable mais visible. Au moment où tout va se reconstruire autour de C, un immeuble, des bureaux, ce qui signifie la renaissance, le progrès. Mais pour C c’est tout le contraire, ça l’éloigne définitivement de M et de l’espoir d’un jour trouver une paix.

La manière dont est montré le bâtiment en construction est tel qu’on ne dirait pas tout de suite qu’il est en construction mais plutôt qu’on se retrouve sur un terrain miné par la guerre, ou les locaux d’une prison (étant donné les tons gris et la fumée permanente)

C hère dans l’immeuble, dans le bureau, invisible pour tous, comme au tout départ, juste après sa mort. Son désespoir est tel qu’il en vient à vouloir se suicider. Assez ironique et très représentatif de ses émois, pour un fantôme.

Après sa chute s’en suit un plan d’un arbre et d’un ciel étoilé. Ce ciel étoilé revient très souvent au début du film, et la constante c’est qu’il y a toujours un élément majeur (une étoile, un arbre) [2.36] qui est perdu dans l’immensité de l’univers. Symbole qu’il y a un être seul (en l’occurrence : C) invisible dans une foule infinie (les Etoiles et les personnes autour de lui). Comme à l’hôpital, comme de partout depuis qu’il est devenu fantôme.

Dans cette séquence ce qui est majeur, c’est la musique qui sonorise parfaitement les émotions. Elle débute avec une flute (instrument à vent, donc qui rappelle le vent) diffuses mais aigues. Le fait qu’elles soient aigues fait penser à des cris, des appels à l’aide. Les tambours dans le fond, sont comme des coups de tonnerre, comme si la foudre et la fatalité s’abattait sur C. Et les voix féminines se mêlent au tout comme un chant religieux.

Bande annonce

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Note : 1 sur 10.

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